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La loi a changé, mais l'instruction en famille reste l'instruction en famille !

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Nomades par choix, c'est toute leur vie qui est remise en question s'il n'y a plus de liberté d'instruction en famille

Parmi les motifs évoqués pour une instruction soumise à autorisation, il est question de nomadisme. 

Aucune certitude avec le témoignage ci-dessous, comme pour le handicap ou la souffrance d'un enfant qui n'assure pas le droit au CNED réglementé (cf par exemple témoignage ici). Ce matin, cette maman qui avait témoigné en octobre m'écrivait les cauchemars actuels de son enfant, une enfant qui est en train de perdre cette joie de vivre qu'elle avait enfin retrouvée après bien trop de souffrances !!

Témoignage d'Anne-Estelle qui, de son côté, a choisi une vie nomade en famille et pense essuyer un refus si instruction en famille soumise à autorisation. Merci encore à toi Anne-Estelle pour ce témoignage !

"Bonjour,

Je m’appelle Anne-Estelle, et avec mon mari Stéphane, nous avons fait le choix de ne pas scolariser notre fille, Djanaé, née en janvier 2012. Elle n’a donc jamais été à l’école.

Au début, c’était pour lui laisser le temps d’évoluer à son rythme. Elle dormait beaucoup et était très sensible aux bruits et à l’agitation en général. Nous nous sommes dits que puisque (à l’époque), l’instruction n’était obligatoire qu’à partir de 6 ans, nous pouvions lui offrir quelques années de tranquillité.

Puis, très rapidement, nous nous sommes rendus compte que par le jeu, les activités que je lui proposais pour occuper ses journées, et sa curiosité naturelle, elle apprenait des tas de choses sans que quelqu’un décide, à un moment donné, de la faire « travailler ». Nous avons alors fait le choix de ne pas la scolariser et de continuer ainsi, tant que ça fonctionnerait, tant que ça nous conviendrait.

Pendant plusieurs années, nous avons fonctionné en mode « unschooling ». Il n’y avait jamais de temps d’apprentissage formel imposé. Djanaé lisait beaucoup, nous faisions beaucoup de jeux, de visites, je lui proposais très régulièrement des activités manuelles et créatives, nous discutions énormément sur des tas de sujets et quand elle en avait envie, elle ouvrait des cahiers ou des manuels qui étaient à sa disposition.

En parallèle, nous avons vendu notre appartement pour nous diriger vers une vie nomade. Après avoir essayé la vie en caravane, nous nous sommes rabattus sur un camping-car. Depuis deux ans, nous sillonnons la France au gré de nos envies.

Quand Djanaé a eu 7 ans et demie, nous avons basculé vers l’IEF plus classique, avec un temps de travail d’une heure, imposé chaque matin. Les apprentissages en unschooling devenaient compliqués puisque nous n’avions pas accès à une bibliothèque régulièrement et que Djanaé ne pouvait pas assouvir sa soif d’apprendre en empruntant des dizaines d’ouvrages divers et variés. Nous avons senti qu’elle commençait à s’ennuyer, intellectuellement parlant. Nous avons donc choisi, elle et moi, différents supports formels, pour aller beaucoup plus en profondeur dans les programmes et ainsi nourrir son besoin de réfléchir et d’apprendre. Si nous sommes partis sur un temps d’une heure par jour, c’est elle qui choisit généralement la matière ou les leçons qu’elle veut faire. Deux fois par semaine, c’est son père qui se charge de l’accompagner. Et avant chaque séance matinale de travail « scolaire », elle fait une demi-heure de violon (depuis qu’elle a 6 ans).

Après avoir discuté avec des amis qui avaient eu accès au CNED réglementé pour l’année scolaire 2019-2020, Djanaé a eu envie d’essayer. Elle voulait voir ce que ça faisait d’avoir des cours plus conséquents, des devoirs à rendre, un retour de quelqu’un d’autre que ses parents. Elle voulait se confronter à ce que vivent beaucoup d’enfants à l’école, à savoir les limites de temps pour rendre un devoir, mais aussi les propositions de travail autres que les miennes, et enfin, les notes. Notre fille a peur d’être trop décalée dans sa façon d’apprendre, par rapport aux autres enfants. Elle voulait donc faire cette expérience de Cours par Correspondance, elle était prête à travailler plus d’une heure par jour. Nous avons donc fait la demande de CNED réglementé, puisqu’il y a une possibilité pour les familles comme nous, nomades.

Enfin… c’est ce que nous croyions. Puisqu’en réalité, lors de mon premier entretien téléphonique avec une personne du CNED après avoir fait mon dossier, on m’a demandé des justificatifs de notre nomadisme. J’étais prête à leur fournir des tickets de caisse de nos courses ou pleins d’essence, pour justifier des lieux où nous passions (et ainsi leur montrer que nous étions chaque fois à un endroit différent). Mais ce n’était pas bon. Elle me demandait des justificatifs au niveau de notre travail : des fiches de paie, des contrats, des remboursements de frais professionnels… ce genre de choses.

Je lui ai alors expliqué notre métier : nous travaillons sur Internet, nous créons des outils d’apprentissages, j’ai un statut d’indépendante et tout se fait en ligne. La dame m’a coupée et m’a demandé clairement si nous pouvions exercer notre métier en étant sédentaire. J’ai acquiescé. Elle m’a demandé si c’était un choix volontaire d’être nomade. J’ai confirmé. Elle a alors conclu que nous n’avions pas droit au CNED réglementé. Pour entrer dans les clauses de « nomadisme », il faut exercer un métier où au moins l’un des deux parents n’a pas le choix sur ses déplacements (travailler dans le bâtiment et faire des chantiers partout sur le territoire, être saisonnier, être commercial…). Bref, le CNED réglementé n’est accessible qu’à ceux qui ont des contrats dans des lieux différents qui justifient que la famille fasse le choix d’être ensemble durant les déplacements.

Djanaé était déçue mais nous avons décidé de continuer cette année avec nos différents manuels et outils (elle est en CM2, nous finissons donc l’école primaire sans trop changer nos habitudes de travail). Nous avions prévu, pour l’année prochaine, de l’inscrire à un autre CPC que le CNED pour démarrer le collège. Encore une fois, pour essayer. Rien ne garantit que Djanaé aimera cette méthode de travail, mais qui ne tente rien, n’a rien. Nous aimons cette liberté de pouvoir choisir chaque année comment poursuivre la découverte des apprentissages. Nous chérissons cette idée que nous pouvons changer de méthode, de façon de fonctionner, d’organisation. Et nous ne supportons pas l’éventualité qu’on puisse non seulement empêcher à notre fille de continuer d’apprendre à la maison, mais en plus la forcer à apprendre avec un support pédagogique unique et imposé. Quoi qu’il en soit, le projet de loi actuel, malgré l’exception du nomadisme clairement écrite noir sur blanc, ne permet pas de savoir si les personnes nomades par choix et par projet de vie (et non pour une durée limitée comme une année sabbatique) pourraient avoir droit au CNED réglementé. Notre expérience nous pousse à croire que non.

 
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