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L'instruction en famille n'est pas l'école à la maison : La "déscolarisation"

  Il y a déscolarisation et déscolarisation. :) En effet, pour toute personne non avertie, c'est toute la difficulté, la déscolarisation est simplement le fait de quitter l'école.  Or, la déscolarisation a également une autre signification, une signification positive.  En effet, lorsqu'on est conditionné(e) par le système scolaire et, ancienne bonne élève et enseignante de formation, je l'ai fortement été aussi, on imagine qu'il faut apprendre d'une façon particulière.  Souvent, on pense à des horaires imposés, des calculs en série, des dictées à répétition, des lectures imposées, des niveaux de classe, des cours, des exercices, des leçons à apprendre, des devoirs à compléter, des contrôles... Tout cela parait normal, indispensable, c'est ainsi que l'école classique fonctionne. Or c e n'est qu'une seule façon d'apprendre , ce n'est même pas la plus efficace, il suffit de consulter la moyenne des résultats des petits Français.  En essayan

Témoignage de Manon, ancienne unschooleuse



Nouveau témoignage reçu en privé, merci encore Manon d'avoir développé celui-ci en répondant à mon interview !

1- Bonjour Manon et merci d'avoir accepté mon invitation. Pourrais-tu te présenter en quelques mots?

Je m'appelle Manon, j'ai 37 ans et je ne suis jamais allée à l'école. J'ai exercé comme pianiste concertiste et accompagnatrice durant un peu plus de dix ans et maintenant je me consacre à l'Aïkido (que je pratique depuis l'enfance). Je travaille aussi dans la communication digitale pour des associations.

2- Êtes-vous un jour allée à l'école ?

Je réponds toujours que je ne suis jamais allée à l'école. Mais à vrai dire j'y ai passé 4 jours ! A 5 ans j'ai voulu essayer l'école, je me demandais comment c'était ! J'ai tenu 4 jours avant de décréter que je n'y retournerais plus jamais. J'avais compris !

3- Aviez-vous des frères et sœurs ? Si oui, étaient-ils également instruits en famille ?

J'ai une sœur, de trois ans plus jeune qui elle aussi n'a jamais été à l'école. 

4- Quel choix d'instruction avaient fait vos parents ?

Mes parents n'ont fait aucun choix d'instruction ! Ne pas nous scolariser est une décision qui a découlé de leur parcours, de leur remise en question du monde et de notre société. Et puis aussi des premières années passées avec nous, d'une écoute, d'une attention à nos besoins. Il s'agissait finalement de vivre avant tout. De vivre avec nous. C'était une démarche philosophique et politique. Si vraiment on veut l’apparenter à quelque chose je dirais probablement du unschooling. Mais pour moi ça restera avant tout une vie ensemble. Et des apprentissages qui se sont faits, parfois avec quelques difficultés, mais qui n'en a pas ?

5- Quel regard portez-vous sur votre enfance ?

Une impression de continuité. Nous avons passé toutes nos journées, ma sœur et moi, à jouer, à lire, à jouer, à parler etc. Du matin au soir. C'était donc quelque chose de très fluide, il est impossible de décrire une journée, aucune n'était pareille, sans être vraiment différente. Un temps infini, ponctué de rencontres, parfois d'activités, parfois de difficultés. Aussi une présence permanente de nos parents, et un dialogue qui ne s'est jamais interrompu. Quelles que soient les situations, toujours nous avons parlé, analysé le monde, les situations. Nous nous sommes interrogés, nous avons parfois pleuré, mais cette communication ne s'est jamais arrêtée. 

6- Quel est le regret que vous pourriez avoir ?

Aucun. Ça paraît peut-être étrange ou prétentieux mais je n'ai pas de regrets. Tout n'a pas été rose, nous avons traversé en tant que famille des moments difficiles, mais je ne regrette rien, car nous avons vécu les choses ensemble et pleinement. Nous avons traversé des épreuves, en gardant un cap intérieur, vivre intégralement tous les moments de nos existences. 

7- Quel est votre plus beau souvenir ?

Marcher dans Paris tous les quatre. Sans but précis, sans horaires, pour le plaisir de marcher, comme on arpente un territoire. Pour mes parents Paris était leur territoire et nous marchions avec eux. Les jours d'hiver, froids et secs, où le ciel parisien est bleu, sont irrémédiablement associés à ces journées de mon enfance.


8- Quels diplômes, études, voie professionnelle avez-vous choisis ?

J'ai étudié dans les conservatoires de musique parisiens, j'y ai d’ailleurs découvert un monde très scolaire ! Mais j'étais déjà adolescente et j'avais choisi d'y suivre certains cours, j'ai donc supporté cet environnement, jusqu'à un certain point. Finalement je suis devenue pianiste et je me suis spécialisée dans le rôle de pianiste accompagnateur, car j'aimais jouer avec d'autres musiciens, pas uniquement en solo. J'ai travaillé avec des gens très compétents, des chefs d'orchestres, des chefs de chœurs, des chanteurs, j'ai même travaillé dans les conservatoires de Paris et à l'université de la Sorbonne. Et tout cela sans avoir le Bac, sans avoir même vraiment les diplômes musicaux nécessaires. J'avais les compétences bien sûr sinon les gens ne m'auraient pas engagée, mais les diplômes, finalement, venaient après. J'ai travaillé ainsi plus de dix ans uniquement sur recommandation ! En parallèle j'ai continué à pratiquer l’Aïkido que j'avais commencé enfant avec mon père. Aujourd'hui, ayant eu un enfant, mon rythme de vie a changé et j'ai eu le désir de changer d'orientation professionnelle. J'ai choisi de me consacrer à l'enseignement de l’Aïkido et de travailler aussi dans la communication digitale. Ce sont des activités qui me permettent aussi plus de souplesse et de m'adapter à notre rythme de vie.

10- Avez-vous le sentiment que votre enfance vous a permis d'être plus épanouie ? de mieux savoir ce que vous vouliez choisir ?

Elle m'a permis de grandir sans la peur. Et au vu de ce que je vois chez la plupart des adultes, c'est déjà énorme ! Je suis quelqu'un de très ordinaire, mais je vois bien que je ne partage pas certaines peurs. La peur de l'avenir ou la peur de ne pas être aimée, par exemple. La peur d'échouer aussi. J'ai grandi en sachant que j’étais capable. Ni invincible, ni supérieure, juste capable. Si je ne sais pas, j’apprends, parfois cela m’embête et je rechigne. Mais si j'en ai vraiment le désir je sais que c'est possible. La société nous présente souvent une façon de faire unique, une façon d'exercer un métier comme si c'était la seule, mais il y a en fait une multitude de façons de faire.
Je n'ai pas fait de grande carrière internationale, mais j'ai pu exercer comme pianiste, monter sur scène, enseigner etc. Par des chemins un peu singuliers, un peu à part, il fallait ne pas se laisser piéger par ce qu'on faisait miroiter à tous les étudiants du conservatoire : la grande carrière. Mes parents ont été très attentifs à ce genre de choses. Là aussi je n'ai pas affronté seul ce milieu, j'ai été accompagnée vers la réalisation, non pas d'un rêve inatteignable, mais plutôt vers trouver les chemins qui me permettraient de vivre cet art."

Manon est également à retrouver ici : article sur l'aïkido et le fait de naitre fille

 
Merci d'avoir lu cet article et à bientôt !
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